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« Travailler moins pour travailler tous ! »…
… tel aurait pu s’intituler l’article, mais la gauche de la gauche française a déjà préempté la formule. Or, vous l’aurez compris, Terre Démocrate est une démarche véritablement apoliticienne. De plus le partage du travail par la gauche renvoie forcément aux 35 heures d’Aubry, 2 lois qui ont divisé le pays peut-être plus qu’elles n’ont véritablement créé de l’emploi… Remarquez, l’idée n’est pas tant de gauche puisque dès 1996 c’est la droite qui avait initié le principe avec la loi Robien… En tout cas, en période de chômage plus que jamais de masse, quand la productivité et l’exolocalisation des activités n’offrent pas de perspectives rassurantes à court terme et quand l’épuisement des ressources naturelles ne promet plus un développement volumétrique - pour l’industrie - à moyen/long terme, le partage du travail n’est plus seulement une question de solidarité, c’est une question de sécurité et d’efficacité pour ne pas sombrer dans le chaos économique et social.
« Et la compétitivité de nos entreprises ? Et notre pouvoir d'achat ? »
En fait il convient à nouveau de se détacher des vieilles ficelles politiques et notamment de la réforme encore sensible des 35 heures d'Aubry. Comme nous l'évoquions dans un article précédent, nous devons changer d’objectif collectif pour ne pas léguer à nos enfants une terre brûlée qui nous aura déjà tous fait mordre la poussière. Dans notre système productif, nous ne devons plus viser les simples variables valeur et volume. Naturellement nous devons aussi veiller à réduire les externalités négatives et surtout, nous devons préserver l’essentiel que sont la variable emploi et celle du bien-être.
Revenons sur l’enjeu : la France compte actuellement environ 24,2 millions d’emplois en équivalent temps plein pour 28 millions d’actifs. La différence est donc de 3,8 millions d’actifs, ce qui correspond au nombre de chômeurs toutes catégories, dont notamment les travailleurs à temps partiels recherchant un complément, sachant par ailleurs que les salariés à temps plein travaillent en moyenne 36 heures par semaine soit 1h de plus que le temps de travail légal... Notre capital d’heures travaillées est donc actuellement d’environ 850 millions hebdomadaires, dès lors le calcul est simple : pour que chaque actif français ait un emploi au temps plein légal et à masse salariale égale, ce temps plein devrait être de… 30,35 heures.
Sauf qu'en économie, compte tenu du chômage frictionnel, le plein emploi est considéré comme atteint à environ 5% de taux de chômage, ce qui nous donne une population au travail de 26,6 millions soit un équivalent temps plein pour tous à... 32 heures.
Rentrons dans le concret et prenons donc 32 heures comme nouvelle base de temps de travail. 32 heures payées 35 ? Mêmes causes, mêmes effets que la loi Aubry : pour un chiffre d’affaires constant à court terme, soit l’entreprise doit embaucher et augmenter ainsi sa charge salariale, soit l’Etat apporte des compensations financières aux entreprises, soit les salariés doivent augmenter leur productivité. Augmenter la charge salariale de nos entreprises ? Une folie, on ne peut évidemment pas les plomber davantage quand elles peinent déjà à lutter contre le dumping social féroce de certains pays en développement, l’effet à court terme serait catastrophique. En particulier pour l’emploi déjà nettement dégradé ! Compenser par des aides publiques ? Nous sommes déjà dans le rouge en matière de dette et donc pas à l’abri, si on n’y fait rien, d’un incident de paiement qui jetterait d’innombrables agents publics à la rue, sans aucun revenu de subsistance. Augmenter la cadence des salariés ? Nous sommes déjà quasi-champions du monde de la productivité, au prix de souffrances croissantes au travail qui conduisent à dégoûter les actifs et inciter alors au chômage de longue durée. Bon, bon, alors restons aux 35 heures si c’est comme ça.
Ce serait oublier les millions de chômeurs sans perspectives dont vous ferez peut-être partie bientôt, que vous soyez ouvrier, cadre ou fonctionnaire...
Ok alors donnons du travail à tout le monde grâce aux 32 heures en divisant donc la charge salariale d’autant de nouveaux emplois créés, et sans faire appel aux finances publiques. Reste alors 2 écueils majeurs : comme cité plus haut, le risque de pression accrue pesant sur les salariés pour qu’ils produisent autant en 32 heures qu’en 35 et surtout, le problème de la baisse de revenu pour ceux qui ont la chance d’avoir aujourd’hui un emploi à temps plein. Pour la pression, trop de productivité tue la productivité puisqu’on développe ainsi les ruptures de charge via les arrêts de travail et autres scories (accidents du travail, suicides, etc…), il est donc inenvisageable de pousser trop la machine productive à effectifs constants et des normes devront être fixées et strictement surveillées dans l’intérêt de tous à moyen/long terme, car personne n’a envie qu’un proche finisse mal d’avoir trop travaillé et ces dégâts coûtent chers à la société. Quant à la question du revenu, il est à distinguer (enfin) du pouvoir d’achat et au-delà, du pouvoir de bien-être. Un montant de salaire ne veut rien dire à lui seul, tout dépend de ce que l’on peut consommer. Or en matière de consommation, tout n’est pas forcément à acheter donc dépendant du pouvoir d’achat. Du coup, si une part de votre consommation devient gratuite ou presque, une baisse de salaire en proportion n’est plus un problème.
« Mais la gratuité, ça nuit forcément au marché économique et donc à l’emploi ? »
Ce qui est gratuit et aurait pu être vendu, oui. Ce qui est gratuit et aurait pu être vendu par un concurrent oui, aussi. Mais ce qui est gratuit ou presque et qui ne concurrence personne ne nuit pas au marché. 32 heures payées 32, c'est 13 heures de salaire en moins par mois (environ 90€ net au SMIC). Il est évident qu’avec un petit budget les dépenses de détente ne sont pas prioritaires et pourtant elles participent évidemment au bien-être de chacun. Des places de cinéma à 9 euros, n’y pensez pas ! Une adhésion au club de tennis à 200 euros, il faudra s’en passer aussi. Un week-end à l’hôtel pour 100 euros, trop peu accessible... Pourtant les entreprises de ces quelques activités prises en exemple font très souvent du vide qui leur coûte cher, un cinéma remplit rarement à 100% et pourtant il paye les mêmes charges. Les cours de tennis et ceux du prof ne sont pas plus occupés au maximum et pourtant la charge est invariable. Les hôtels ne sont complets que quelques jours dans l’année, pourtant des charges fixes sont incompressibles. Voilà donc l’innovation politique : passer une convention avec toutes les activités qui font du vide coûteux, afin de compenser la perte de revenu des salariés passés à 32 heures, par un accès ouvert - à très bas prix - à des activités dont ils n’étaient de toutes façons que peu consommateurs. Les entreprises desdites activités n’y perdraient pas, elles y gagneraient même probablement selon le principe du yeald management. Enfin ces nouveaux consommateurs deviendraient prescripteurs et augmenteraient donc l’affluence des activités concernées, activités qui sont pour la plupart génératrices d’emplois… non délocalisables.
Concernant la liberté de travailler plus (pour gagner plus par exemple...), le recours aux heures supplémentaires doit être maintenu, pourquoi pas à hauteur de la limite actuelle (48 heures maximum dans une même semaine), cependant il ne doit plus y avoir d'allègements pour que ce recours reste à caractère marginal et/ou ponctuel. Par ailleurs on peut prévoir dans un premier temps que la réforme soit incitative et non obligatoire, puis observer les résultats et décider en conséquence. Enfin il s'agit avant tout d'une solution d'urgence car à mesure que les autres propositions de cet atelier produiront leurs effets, on peut envisager un réajustement vers les 35 heures voire au-delà si nécessaire, notamment en cas de pénurie de main d'oeuvre.
Quant à la comparaison avec les autres systèmes étrangers, nous ne regarderons plus les pays où l'on travaille plus, ce sont ces pays qui nous regarderons vivre mieux.
Pour en savoir plus :
Partage du travail (Wikipédia)
Partage du travail, création monétaire, revenu de vie : vers le big-bang économique
La semaine de 4 jours à la carte (Pierre Larrouturou)
« Et la compétitivité de nos entreprises ? Et notre pouvoir d'achat ? »
En fait il convient à nouveau de se détacher des vieilles ficelles politiques et notamment de la réforme encore sensible des 35 heures d'Aubry. Comme nous l'évoquions dans un article précédent, nous devons changer d’objectif collectif pour ne pas léguer à nos enfants une terre brûlée qui nous aura déjà tous fait mordre la poussière. Dans notre système productif, nous ne devons plus viser les simples variables valeur et volume. Naturellement nous devons aussi veiller à réduire les externalités négatives et surtout, nous devons préserver l’essentiel que sont la variable emploi et celle du bien-être.
Revenons sur l’enjeu : la France compte actuellement environ 24,2 millions d’emplois en équivalent temps plein pour 28 millions d’actifs. La différence est donc de 3,8 millions d’actifs, ce qui correspond au nombre de chômeurs toutes catégories, dont notamment les travailleurs à temps partiels recherchant un complément, sachant par ailleurs que les salariés à temps plein travaillent en moyenne 36 heures par semaine soit 1h de plus que le temps de travail légal... Notre capital d’heures travaillées est donc actuellement d’environ 850 millions hebdomadaires, dès lors le calcul est simple : pour que chaque actif français ait un emploi au temps plein légal et à masse salariale égale, ce temps plein devrait être de… 30,35 heures.
Sauf qu'en économie, compte tenu du chômage frictionnel, le plein emploi est considéré comme atteint à environ 5% de taux de chômage, ce qui nous donne une population au travail de 26,6 millions soit un équivalent temps plein pour tous à... 32 heures.
Rentrons dans le concret et prenons donc 32 heures comme nouvelle base de temps de travail. 32 heures payées 35 ? Mêmes causes, mêmes effets que la loi Aubry : pour un chiffre d’affaires constant à court terme, soit l’entreprise doit embaucher et augmenter ainsi sa charge salariale, soit l’Etat apporte des compensations financières aux entreprises, soit les salariés doivent augmenter leur productivité. Augmenter la charge salariale de nos entreprises ? Une folie, on ne peut évidemment pas les plomber davantage quand elles peinent déjà à lutter contre le dumping social féroce de certains pays en développement, l’effet à court terme serait catastrophique. En particulier pour l’emploi déjà nettement dégradé ! Compenser par des aides publiques ? Nous sommes déjà dans le rouge en matière de dette et donc pas à l’abri, si on n’y fait rien, d’un incident de paiement qui jetterait d’innombrables agents publics à la rue, sans aucun revenu de subsistance. Augmenter la cadence des salariés ? Nous sommes déjà quasi-champions du monde de la productivité, au prix de souffrances croissantes au travail qui conduisent à dégoûter les actifs et inciter alors au chômage de longue durée. Bon, bon, alors restons aux 35 heures si c’est comme ça.
Ce serait oublier les millions de chômeurs sans perspectives dont vous ferez peut-être partie bientôt, que vous soyez ouvrier, cadre ou fonctionnaire...
Ok alors donnons du travail à tout le monde grâce aux 32 heures en divisant donc la charge salariale d’autant de nouveaux emplois créés, et sans faire appel aux finances publiques. Reste alors 2 écueils majeurs : comme cité plus haut, le risque de pression accrue pesant sur les salariés pour qu’ils produisent autant en 32 heures qu’en 35 et surtout, le problème de la baisse de revenu pour ceux qui ont la chance d’avoir aujourd’hui un emploi à temps plein. Pour la pression, trop de productivité tue la productivité puisqu’on développe ainsi les ruptures de charge via les arrêts de travail et autres scories (accidents du travail, suicides, etc…), il est donc inenvisageable de pousser trop la machine productive à effectifs constants et des normes devront être fixées et strictement surveillées dans l’intérêt de tous à moyen/long terme, car personne n’a envie qu’un proche finisse mal d’avoir trop travaillé et ces dégâts coûtent chers à la société. Quant à la question du revenu, il est à distinguer (enfin) du pouvoir d’achat et au-delà, du pouvoir de bien-être. Un montant de salaire ne veut rien dire à lui seul, tout dépend de ce que l’on peut consommer. Or en matière de consommation, tout n’est pas forcément à acheter donc dépendant du pouvoir d’achat. Du coup, si une part de votre consommation devient gratuite ou presque, une baisse de salaire en proportion n’est plus un problème.
« Mais la gratuité, ça nuit forcément au marché économique et donc à l’emploi ? »
Ce qui est gratuit et aurait pu être vendu, oui. Ce qui est gratuit et aurait pu être vendu par un concurrent oui, aussi. Mais ce qui est gratuit ou presque et qui ne concurrence personne ne nuit pas au marché. 32 heures payées 32, c'est 13 heures de salaire en moins par mois (environ 90€ net au SMIC). Il est évident qu’avec un petit budget les dépenses de détente ne sont pas prioritaires et pourtant elles participent évidemment au bien-être de chacun. Des places de cinéma à 9 euros, n’y pensez pas ! Une adhésion au club de tennis à 200 euros, il faudra s’en passer aussi. Un week-end à l’hôtel pour 100 euros, trop peu accessible... Pourtant les entreprises de ces quelques activités prises en exemple font très souvent du vide qui leur coûte cher, un cinéma remplit rarement à 100% et pourtant il paye les mêmes charges. Les cours de tennis et ceux du prof ne sont pas plus occupés au maximum et pourtant la charge est invariable. Les hôtels ne sont complets que quelques jours dans l’année, pourtant des charges fixes sont incompressibles. Voilà donc l’innovation politique : passer une convention avec toutes les activités qui font du vide coûteux, afin de compenser la perte de revenu des salariés passés à 32 heures, par un accès ouvert - à très bas prix - à des activités dont ils n’étaient de toutes façons que peu consommateurs. Les entreprises desdites activités n’y perdraient pas, elles y gagneraient même probablement selon le principe du yeald management. Enfin ces nouveaux consommateurs deviendraient prescripteurs et augmenteraient donc l’affluence des activités concernées, activités qui sont pour la plupart génératrices d’emplois… non délocalisables.
Concernant la liberté de travailler plus (pour gagner plus par exemple...), le recours aux heures supplémentaires doit être maintenu, pourquoi pas à hauteur de la limite actuelle (48 heures maximum dans une même semaine), cependant il ne doit plus y avoir d'allègements pour que ce recours reste à caractère marginal et/ou ponctuel. Par ailleurs on peut prévoir dans un premier temps que la réforme soit incitative et non obligatoire, puis observer les résultats et décider en conséquence. Enfin il s'agit avant tout d'une solution d'urgence car à mesure que les autres propositions de cet atelier produiront leurs effets, on peut envisager un réajustement vers les 35 heures voire au-delà si nécessaire, notamment en cas de pénurie de main d'oeuvre.
Quant à la comparaison avec les autres systèmes étrangers, nous ne regarderons plus les pays où l'on travaille plus, ce sont ces pays qui nous regarderons vivre mieux.
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