Essai libre de Manuel Vaucouloux


Quelle Politique Energétique ?
Postulat :

Le développement des énergies renouvelables, sorti de son insertion dans une politique énergétique, place le débat sur fond tendancieux, polémique voire purement subjectif.
Les éoliennes industrielles en fournissent un bon exemple : subventionner le kWh cher car on a la croissance économique grâce aux énergies fossiles a un sens, mais beaucoup moins quand on a la décroissance et que les caisses de l’Etat sont vides. S’y ajoute le risque de voir l’éolien et d’autres formes d’énergies renouvelables créer une nouvelle bulle spéculative en écartant la décision du citoyen et en ouvrant le boîte aux lobbies de tout poil.


De surcroît, on demande, dans le cas des éoliennes, aux citoyens d’engager un investissement en lieu et place du fournisseur officiel EDF, en échange d’un tarif préférentiel, garanti dans une durée théorique de 20 ans. Autrement dit, EDF profite d’un investissement opéré par un tiers pour récupérer de l’électricité.

La question est, semble-t-il, à poser dans les termes : les énergies renouvelables, en substitution de quelles économies d’énergie ?



Quelle Politique Energétique ?


Dans le contexte actuel, les économies d’énergie concernent principalement la réduction de l’utilisation des énergies fossiles, pétrole, gaz et charbon. L’enjeu est certes, environnemental (réduction des gaz à effet de serre), mais il est aussi et peut-être de façon plus préoccupante, social et sociétal, aux plans national et international. On sait en effet que le pic de production est imminent et que l’après-pic sera nécessairement générateur de tensions.

Les choix à opérer sont une question d’arbitrage de contribuable, de démocratie : préfère-t-on mettre peu de moyens pour après-demain et beaucoup pour demain, ou le contraire ? Autrement dit : faut-il une économie d’énergie fossile avec mise de fonds substantielle dans le court terme et un développement des énergies renouvelables avec mise de fonds résiduelle sur le moyen / long terme ?



Concrètement

Le modèle suédois paraît digne de considération et susceptible d’inspirer une politique énergétique digne de ce nom.
En Suède, la taxe carbone, arrêtée à 27 euros en 1991, y est aujourd’hui portée à 108 euros. La diminution des émissions de gaz à effet de serre y a été de - 9% entre 1990 et 2006, chaque habitant produisant actuellement moins de 6 tonnes de CO2 par an contre près de 9 dans le reste de l’Europe.
Résultat : à partir de 2006, le pétrole ne fournit plus, en Suède, que 32 % de l’approvisionnement en énergie, contre 75 % en 1970. L’objectif annoncé est de sortir complètement des énergies fossiles d’ici 2050.

A comparer avec la situation française, où 75% de l'énergie finale consommée en France est de l'énergie "fossile" (pétrole : près de 50 %, gaz 20 %, charbon : moins de 10 %). En termes d'usages, nous restons donc bien plus proches du "tout fossile" que du "tout nucléaire".

La Suède occupe une position de leader mondial du marché de l’éthanol. Les chercheurs se penchent sur les biocarburants de deuxième génération de façon à produire de l’éthanol à partir de lignocellulose : bois, paille, herbe, … Un procédé qui s’avère plus efficace et n’affecte pas, en outre, les cultures alimentaires.

Quelle Politique Energétique ?


A Linköping, septième agglomération suédoise située au sud du pays, bus, taxis, camions poubelles et trains fonctionnement au biogaz. Celui-ci est fabriqué à partie du gaz généré par le traitement des eaux usées de la station d’épuration et du méthane produit par les déchets des abattoirs ou des usines agro-alimentaires environnantes. A cet effet, une station de traitement a été créée, il y a une dizaine d’années. Rien ne se perd : les déchets traités partent fertiliser les champs des agriculteurs et le gaz épuré est livré aux stations service.



Quelle Politique Energétique ?
Dans le secteur du bâtiment, le système de cogénération pour la production combinée de chauffage urbain et d’électricité a permis la mise en œuvre de réseaux de chauffage urbain à base de biocombustible. Le principe en est la récupération de la chaleur dégagée par la combustion de
matière renouvelable, des déchets par exemple, pour produire de l’énergie.






C’est un tel procédé qui fait tourner la chaufferie centralisée d’Hammarby Sjöstad, l’un des fleurons des écoquartiers suédois. L’énergie y est produite localement grâce à la combustion des déchets et au retraitement des eaux usées transformées en biogaz. La collecte des déchets est réalisée dans des bouches d’aspiration situées en bas des immeubles. Les détritus sont attirés sous terre avant d’être acheminés, grâce à un système de tapis roulant, vers un centre de retraitement. Fini la collecte des ordures ménagères par camions.

A Stockholm, 80 % des habitants se rendent à leur travail avec des transports en commun (contre 64 % à Paris). Un péage urbain permet de réduire encore le trafic routier. Au centre ville, tous les bus roulent aux énergies renouvelables, biogaz ou éthanol (contre 10 % à Paris).



En guise de conclusion

Non seulement une telle démarche traduit une vision sur le moyen terme, mais elle montre clairement les cibles concernées par une réelle politique énergétique, notamment les secteurs des transports et du bâtiment.
Elle ouvre en outre des perspectives sur le développement de la recherche appliquée et sur les nouveaux secteurs générateurs d’emploi.

Sa transposition intégrale n’est pas l’objectif, mais le modèle présente l’avantage de dégager et mettre en correspondance (et en cohérence) les divers paramètres mobilisés, dont la taxe carbone qui devient dans une telle approche une donnée compréhensible par le citoyen puisqu’elle est mise en regard avec des mesures de compensation pour sa vie courante.

Rédigé par Manuel Vaucouloux le Jeudi 7 Janvier 2010 à 17:15

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